Les matériaux de l’urbanisme sont le soleil - Maryline Médioni

Un urbaniste et architecte Grec, conscient qu’on ne touche pas aux murs sans toucher aux hommes, Hippodamos de Milet est celui qui, selon Aristote, “inventa le tracé géométrique des villes et découpa le Pirée en damier”.

 

Appelé par Périclès, en 433, à tracer les plans de la cité de Turii, destinée à remplacer l’antique Sybaris, il suggérait un État de 10.000 citoyens, répartis en trois classes : l’une comprendrait les prêtres, la deuxième les soldats, la troisième les artisans et les laboureurs. Prêtres et soldats ne pourraient rien posséder en propre, les membres de la troisième classe leur fournissant la subsistance. La géométrisation de l’espace n’est pas innocente : en imposant au monde la rationalité humaine, elle organise en système un urbanisme qui conditionnera le mode de vie. Cet urbanisme suit les ordres de l’intelligence, domine le milieu originel, l’aménage et l’adapte aux besoins selon la logique du moment.

 

Hippodamos est là pour rappeler que toute réflexion sur l’urbanisme rejoint une réflexion politique. Un autre exemple de cette utilisation à des fins politiques : Hérode qui séjourna dans la Forteresse Antonia, accolée à la façade Nord du Temple de Jérusalem, avant de décider que ne lui soit construit un autre palais, de l’autre côté de la cité. Il avait pris conscience que la forteresse dominant le Temple était une gêne pour la vie de la classe sacerdotale et il voulut, par son déménagement, se concilier l’élite religieuse des Juifs. La cité est une entité politique, économique, sociale liée à l’espace urbain, rassemblant le physique et le moral, elle est création de l’homme et non de la nature. En étudiant l’urbanisme et l’architecture d’un pays, nous pouvons voir ses rêves, son projet humain, son état.. d’âme ; la tour de Babel n’est qu’un exemple parmi les plus révélateurs de cette constatation.. Tout projet d’urbanisation est pour donner du sens à la ville, à la cité, pour former le citoyen du présent et surtout de demain.

 

Tel est le cas de la construction du Temple de Salomon ; résidence du Divin au milieu de son peuple dans la ville de Jérusalem, élue ville sainte. On voit que cette architecture-là dont les plans ont été élaborés par D ieu lui même (Exode 25 :8) est bien plus que l’art des espaces, elle conditionne non seulement le social, la pratique et la mise en application des lois reçues sur le Mont Sinaï, mais aussi le devenir des citoyens d’une telle cité : devenir saints ! En fait, celui-ci vise l’idéal d’un royaume de prêtres et d’une nation sainte (cf. Exode XIX, 6). Le temple (templum) désigne à l’origine le carré que l’augure romain dessinait du doigt dans le ciel pour observer les signes divins. Par extension, le temple signifie l’édifice construit à l’endroit de la manifestation divine dans un lieu saint. L’urbanisme nous révèle encore bien des secrets sur nos comportements psychologiques, sociaux, politiques ou religieux, Vision D’Israël vous propose ce mois ci de découvrir ses fondements à travers son dossier ; « Urbanisme et Judaïsme. »