“Toute société, pour se maintenir et vivre...” - Maryline Médioni
“Toute société, pour se maintenir et vivre, a besoin absolument de respecter quelqu’un et quelque chose.” Mikhaïlovitch Dostoïevski
L’étymologie du mot respect vient du latin « respiciere » qui veut dire également regarder. Regarder quelqu’un, la vision que nous portons sur l’Autre met en valeur ce qui va le faire apparaître. Cependant tout regard est ambigu ; la personne que je regarde est elle respectable ou pas ?
On essaie de regarder l’Autre avec discernement ou tout au moins avec une pre-compréhension de son être. Pour Kant, le respect suppose que l’on se rapporte à la personne comme fin et non comme moyen. Je ne respecte pas cet Autre parce qu’il me plait, parce qu’il a des qualités que j’apprécie, parce qu’il est de bonne naissance mais et uniquement parce qu’il représente l’humanité elle même.
Le respect de l’Autre est donc ce dépassement de notre intérêt personnel et n’est pas, comme on pourrait le penser, un sentiment affectif. Respecter n’est pas estimer !! Les premiers devoirs de l’homme sont des devoirs envers lui-même parce que c’est en lui-même que l’homme découvre en premier lieu ce que sont la personnalité et l’humanité. Les devoirs envers soi sont le fondement des devoirs envers autrui.
Si donc, l’homme déshonore sa propre personne, il rejette l’humanité en lui-même et n’est, par conséquent, non plus en mesure de s’acquitter de ses devoirs envers les autres. Ce devoir envers soi-même est complètement indépendant de tout intérêt personnel. Le respect est selon Kant : un sentiment éprouvé face à une valeur jugée éminente ou absolue, et qui conduit à s’interdire tout ce qui pourrait lui porter atteinte, il est le seul mobile subjectif possible de l’action morale désintéressée,. Le respect est alors ce que l’on ne doit à autrui en tant que personne morale.
Dans le judaïsme, D-ieu lui même nous donne l’exemple de cet ordre du respect de l’Autre. Dans le récit de la sortie d’Egypte et notamment, le passage de la mer des joncs, le midrash raconte : « les anges, au moment du passage de la mer des Joncs, ont voulu chanter un cantique de gratitude à D. et Il les en a empêchés, en disant : « l’oeuvre de ma main, des êtres humains que j’ai créés, sont en train de se noyer dans la mer et vous voudriez chanter un cantique ! » Ce midrash à lui tout seul suffit pour définir toute la doctrine juive. Il met en exergue l’universalité de l’homme et le même souci du Créateur pour le respect de l’Autre quel qu’il soit. Le respect d’autrui et la négation de toute violence ou l’interdiction de l’exclusion de l’Autre abondent dans la Tradition orale. Le respect alors se pose en obligation morale vis-à-vis de l’autre, il ne doit pas être lié ni à une appartenance religieuse, ni à une communauté ethnique ou nationale.
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