La poésie

«La poésie est totalement inutile donc

«La poésie est totalement inutile donc rigoureusement indispensable.» Les guignols de l’info 

 

La poésie composée, écrite par des Juifs qu’ils soient religieux ou non, n’est pas, à l’instar de toutes formes d’art ; artifice social. Elle est un des moyens de transmission de notre héritage à travers le temps, au fil de notre histoire. De l’exil des Juifs à partir du second temple en Espagne, de l’établissement galoutique dans les différents pays d’accueil, la création poétique juive a été dans sa préoccupation majeure la sauvegarde de l’intégralité de la foi et de la pérennité d’Israël au sein des nations.

 

Elle reflète une connaissance remarquable non seulement de l’enseignement rabbinique mais aussi des légendes juives les plus anciennes. Elle prend sa source dans la bible, le talmud, le midrash, et peut même s’adapter comme dans les pays du Maghreb aux conditions « à la mode » des coutumes locales. Ces poésies écrites en hébreu ou dans les dialectes locaux sont très souvent accompagnées de musique dans l’unique but d’une pédagogie de la mémoire, comme lorsqu’on fredonne, sans y prêter attention, une chanson entendue plusieurs fois a la radio ; les paroles ayant imprégnées notre mémoire, à notre insu.

 

Elles essayent de mettre à l’abri du danger l’identité du groupe, elle a pour but essentiel de détourner le Juif de diaspora de toute influence poétique considérée comme profane. Israël Nayara le dira clairement dans son oeuvre « Zemirot Yisrael » dans sa préface : « l’unique but de cette création poétique est la raison didactique et pédagogique au sein de notre peuple. » Les Romanceros, ces poésies écrites en judéo-espagnol dit le Ladino narrent les coutumes et les récits de ces Juifs originaires de l’Espagne. Epopées, ballades, récitées ou chantées lors de fêtes ou de réjouissances, elles sont uniquement la comme vecteur de mémoire de l’Histoire de ces communautés juives à travers le monde. Les poètes contemporains comme Claude Vigée, Paul Celan ou Benjamin Fondane pour ne citer que ces quelques noms dont je vous recommande la lecture, ont eux aussi utiliser la création poétique comme moyen de témoignage de leur vie, de leur histoire, de l’Histoire. Paul Celan déclarera : « la poésie est cette quête de vérité, essayer de mettre des mots sur l’effroyable.

 

Elle essaye d’atteindre cette vérité historique, elle n’est pas atemporelle mais plutôt de se frayer un passage à travers le temps » Paul Celan ainsi définit ou du moins me semble t-il, associe inconsciemment le chemin du Juif (ivri, le passant) à la poésie. Les deux n’ont –ils pas le même projet, le même but ? Celui de la transmission de la mémoire, du passeur de mémoire ? Benjamin Fondane conclut que l’homme “continuera à témoigner de son irrésignation tant que la réalité sera telle qu’elle est, par tous les moyens mis à sa disposition : par le poème, par le cri, par la foi ou par le suicide.” La poésie n’est donc pas un art d’écriture secondaire ou mineur comme certains le croient.La création poétique est donc rigoureusement indispensable !