Sophie Solomon, ou le bel avenir du violon - Raphaël Aouate
La musique révèle encore des tréssors insoupçonnés, un violon Klezmp
mer inouï nous a réveillé de notre
torpeur. Celui de l’incroyable Sophie
Solomon…
Comment un violon Klezmer peut-il nous faire autant d’effet et comment décrire un style si novateur ?
Si l’on disait que son jeu exceptionnel nous fait
dire à chaque fois : “si par un hasard des plus
improbables, le grand Jimmy Hendrix s’était mis au
violon plutôt qu’à la guitare électrique (dont il est devenu le
maître incontesté), il aurait probablement joué comme Sophie
Solomon». Dans son premier album solo : Poison Sweet
Madeira, la musique est intense, «Quand je joue, le violon est
comme une extension de mon corps..c’est comme si un esprit
prenait le dessus ». Cette affirmation rejoint la définition
même de l’artiste véritable : celui qui offre aux autres
l’instrument d’une expression.
Qui fait de son instrument de
musique le porte parole de son intimité la plus profonde. Un
maître hassidique disait que la musique était «la plume de
l’âme».
Mais ce qui nous plait tant chez la violoniste est son caractère
iconoclaste, elle n’obéit pas aux conventions ni aux étiquettes.
Une vraie rebelle de l’art musical. Qu’est-il vraiment de cet
album ? Un disque classique, aux influences russes, d’Europe
Centrale, Afrique du Nord, tzigane, tango ou Klezmer ? On
en a la tête qui tourne, qui chavire de bonheur et la musique
parle alors pour elle-même.
Seule compte la virtuosité magique d’une artiste qui a appris
son instrument dès l’âge de deux ans ! A quatre ans, elle
rencontre deux maître absolus : d’abord l’immense violoniste
et chef d’orchestre américain Yéhoudi Menuhin, puis le non
moins génial violoncelliste, pianiste et chef d’orchestre
Léopoldovitch Rostropovitch. Elle ne commence l’apprentissage
véritable qu’à sept ans, se contentant jusque là de jouer à …
l’oreille !
Pour cette jeune femme anglaise de 24 ans, dont les grands
parents étaient des immigrants juifs de Pologne et de Lituanie,
le violon est une affaire toute personnelle et il ne saurait être
question de s’enfermer dans des règles musicales trop strictes.
Elle fonde d’ailleurs le groupe Oï Va Voï («l’un des groupes les
plus excitants du moment», selon le Daily Telegraph) pour
cette même raison : utiliser un savoir technique développé,
mais au profit d’une réinvention et d’une liberté plus grandes. «Avec ce groupe, je suis revenu au violon avec mes propres
mots. C’était libératoire car j’avais la technique mais je
sentais enfin la possibilité de m’affranchir des contraintes du
violon classique. J’étais frustrée par une musique déjà écrite
selon les codes précis du répertoire. J’ai longtemps ressenti
cette envie de dépasser cela et d’écouter ma voix propre».
Ce
que ne manque pas de faire cette bouillonnante musicienne
qui, en écoutant sa propre voix, trouvera sa voie personnelle.
Un critique la comparera même au fantasque guitariste des
Rolling Stones, Keith Richards !
Le succès ne tarde pas. Un premier et magnifique album avec
son fidèle groupe : Laughter Through Tears est ainsi salué
comme l’un des dix meilleurs albums de l’année 2004 par l’avisé
New York Times. Il remporte également deux nominations au
troisième Concours annuel consacré aux musiques du monde,
organisé par la radio britannique BBC.
Dès lors, Sophie Solomon est constamment demandée. Et
dans cet emploi du temps démentiel, la jolie Sophie trouve le
temps d’enseigner à l’Ecole des Etudes orientales et africaines
de Londres. Elle fait aussi partie du comité de conseil artistique
du Festival du Génie du Violon, le seul événement au monde
exclusivement consacré à l’instrument.
Un prodige disions-nous, dont le profil général ressemble davantage à une exubérante star de rock qu’à une sage virtuose de Conservatoire ! C’est ce piment musical qui nous plait tant. Quand la musique déborde du cadre. Quand la folie rencontre la mélodie. Quand l’inattendu s’invite dans la partition. C’est alors que l’auditeur est prêt pour le grand voyage auditif. On a envie de lui dire simplement merci.
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